Ce samedi 17 janvier, la République démocratique du Congo (RDC) commémore le 65ᵉ anniversaire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du pays et figure emblématique de la lutte pour l’indépendance. Lumumba fut assassiné le 17 janvier 1961, à peine six mois après avoir prononcé, lors de la proclamation de l’indépendance, un discours historique demeuré gravé dans la mémoire collective congolaise.
Des origines modestes à l’éveil politique
Patrice Emery Lumumba, de son vrai nom Elias Okit’Asombo, naît le 2 juillet 1925 dans le village d’Onalua, dans l’actuelle province du Sankuru. Il débute sa vie professionnelle comme employé avant de s’orienter vers le journalisme, activité qui nourrit progressivement sa conscience politique. En 1958, il affirme ouvertement ses convictions anticolonialistes et fonde à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) le Mouvement national congolais (MNC), un parti nationaliste, unitaire et radical réclamant l’indépendance totale du Congo.
Vers l’indépendance : un contexte explosif
En janvier 1959, l’interdiction d’un meeting de l’ABAKO déclenche de violentes émeutes à Léopoldville entre le 4 et le 6 janvier. Ces événements accélèrent le processus d’émancipation du pays, alors que la population exprime son exaspération face aux hésitations de la Belgique sur le calendrier de l’indépendance.
À la fin du mois de janvier 1960, une Table ronde est organisée à Bruxelles, réunissant les partis politiques congolais. Il est décidé que les premières élections nationales auront lieu en mai 1960, et que l’indépendance sera proclamée le 30 juin 1960. Le gouvernement belge organise cette transition dans la précipitation, espérant toutefois préserver son contrôle sur les ressources stratégiques du pays.
L’accession au pouvoir et le discours historique
Les élections de mai 1960 consacrent la victoire des nationalistes. Patrice Emery Lumumba est nommé Premier ministre, tandis que Joseph Kasa-Vubu accède à la présidence de la République. Lumumba devient ainsi le premier chef de gouvernement du Congo indépendant.
Le 30 juin 1960, devant les chambres réunies, il prononce un discours retentissant à l’occasion de la cérémonie de l’indépendance. S’adressant directement au peuple congolais, il rappelle que cette indépendance n’a pas été accordée par la Belgique, mais conquise par la lutte et le sacrifice. Il y dénonce avec fermeté les abus et les humiliations du système colonial, provoquant l’irritation du roi Baudouin Ier.
Dès le mois de juillet, une mutinerie de soldats congolais contre les officiers belges plonge le pays dans une instabilité croissante.
Crise politique, arrestation et assassinat
Le 5 septembre 1960, en pleine guerre froide, le président Kasa-Vubu révoque Patrice Lumumba, qui se voit interdire l’accès à la radio nationale.
Le 14 janvier 1961, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, ancien sergent devenu chef d’état-major, orchestre un coup d’État et fait arrêter Lumumba.
Patrice Emery Lumumba est exécuté le 17 janvier 1961 dans la province du Katanga, aux côtés de deux de ses compagnons, avec la complicité avérée du gouvernement belge.
Mémoire, reconnaissance et héritage
En 2000, un ancien policier belge reconnaît avoir participé à l’assassinat et révèle avoir conservé une dent du leader indépendantiste. En 2020, la justice belge ordonne la restitution de cette relique aux enfants de Lumumba.
La dépouille symbolique est remise à la RDC le 20 juin 2022. Après un périple de neuf jours à travers le pays, elle est inhumée le 30 juin 2022, soit 61 ans après sa mort, jour anniversaire de l’indépendance.
Considéré comme le père de l’indépendance congolaise, Patrice Emery Lumumba est officiellement réhabilité comme héros national. Le 17 janvier est désormais un jour férié en République démocratique du Congo, en hommage à son combat et à son sacrifice.

